MORVAN BOURY (de la multinationale EMI)
(...) Je travaille avec des gens qui s'appellent des artistes...

DJOULS (du label TIMEC)
Arrêtez cette propagande! J'ai travaillé pour toutes les majors sauf EMI, et je trouve ça honteux de dire que vous défendez des artistes, alors que ce n'est vraiment pas le cas. Vous défendez des producteurs, des éditeurs, mais aucunement des artistes. Quand vous parlez de promotion à mettre en place pour des artistes, il y a des abattements et des recoupements sur leurs avances et c'est à leurs dépends. S'il vous plait arrêtez.

(APPLAUDISSEMENTS)

MORVAN BOURY
Ce qu'il faut savoir, c'est qu'un contrat ça se signe à deux. Aujourd'hui je travaille avec des artistes, des labels, je m'occupe de Cali, de Yann Tiersen, de Depeche Mode, d'Interpol, de Daft Punk, de Moby, de Miss Kittin, de Jean-Louis Murat... Aujourd'hui c'est tous ces gens-là à un moment et même plusieurs fois pour certains d'entre eux, enfin régulièrement, on se met autour d'une table et on se voit pour signer ou re-signer un contrat et aujourd'hui... moi, je... euh c'est si ils sont pas d'accord, ils sont pas d'accord, hein? Et j'ai pas de, comment dire... j'ai rien à leur imposer pour qu'ils ne l'acceptent pas, donc euh, enfin... faut pas... faut pas oublier ça.
Après, une fois de plus c'est une question de finalité. Vous me dites que vous n'avez pas travaillé chez EMI, moi ce que je peux vous répondre c'est que aujourd'hui chez EMI la finalité c'est la musique. Alors peut-être que dans d'autres compagnies la finalité c'est autre chose. Mais évidemment, quand on est dans une société, où aujourd'hui évidemment il faut être rentable, c'est comme pour n'importe quoi, n'importe quelle activité économique. Si vous n'êtes pas rentable et que vous sortiez un album et que demain vous êtes pas capable de le défendre, et que t'es pas capable d'aider un artiste à monter sur scène, ben t'as pas à aller... ça rend service à personne.

DJOULS
Ce que vous ne comprenez pas, c'est qu'un artiste il fait de la musique parce qu'il est artiste!

MORVAN BOURY
Ben s'il veut, si un artiste veut faire de la musique et la donner...

DJOULS
Il est artiste! C'est sa nature!

MORVAN BOURY
Mais si un artiste veut faire de la musique et veut la donner à tout le monde y'a aucun problème!

DJOULS
Mais un musicien ne fait pas de la musique parce qu'il VEUT faire de la musique, il fait de la musique parce qu'il est musicien, c'est sa nature, vous comprenez ça?!

(RIRES)

MORVAN BOURY
J'ai pas compris... J'ai pas compris la question.

DJOULS
Un artiste ne cherche pas la rentabilité! Il fait de la musique quand il se lève le matin.

UN DES ANIMATEURS DU DEBAT
(évoquant un intervenant précédent) Monsieur avait un exemple d'artiste qui n'avait pas besoin de maison de disque pour vivre, et plutôt bien en vivre, est-ce que c'est des choses sur lesquelles vous avez déjà réfléchi? Vivre de vos concerts, vivre de vos produits dérivés, directement mettre vos titres en kiosques...

DJOULS
J'ai aussi un label, je sors quatre albums en ce moment, j'ai beaucoup d'artistes avec qui je travaille et ils ne sont pas beaucoup rentables. Ils cherchent pas à être rentables, ils cherchent juste à continuer à faire ce qu'ils font, en fait.

MORVAN BOURY
C'est normal, mais aujourd'hui un artiste a pas... évidemment...

DJOULS
Vous nous parlez de Cali, de Daft Punk et de tous ces artistes-là, ce ne sont pas des artistes qui ont besoin d'EMI pour vivre, ce sont des artistes dont EMI à besoin pour vivre. C'est l'inverse! J'espère que...

MORVAN BOURY
Enfin bon... mais aujourd'hui...

DJOULS
Est-ce que Cali aurait pu être connu sans EMI?

MORVAN BOURY
Demandez-lui. Moi je l'ai vu, franchement, je peux vous en parler très directement parce que c'est moi qui l'ai signé, euh je l'ai vu, dans un concert, enfin, faire un concert sur une estrade dans un bar à côté de la gare du Nord et ça faisait 10 ans qu'il faisait de la musique comme ça. Voilà. Et euh alors après... Y'a p'têt des nouveaux modèles, y'a p'têt... je sais pas. Je l'ai vu y'a 2 jours, il avait l'air très content. Euh, et je pense qu'aujourd'hui c'qu'on a fait comme on l'a fait, et ben ça a été déterminant pour sa carrière d'artiste. Et ben en fait ça lui a permis de faire ce qu'il voulait comme il voulait et continuer à le faire, de faire un prochain album, un 2ème, un 3ème, etc., et de monter sur scène comme il le veut, etc.

ADDITIF DE DJOULS
Euh oui mais si on lit la bio de Cali ça fait 20 ans qu'il fait des concerts et des disques et seulement 2 qu'il est sous contrat avec EMI, qui l'a formatté (la prod a été confiée au ricain responsable du son de Venus, Dionysos et Breeders, l'enregistrement a eu lieu aux studios Parkgate en angleterre où a été enregistré "This Is The Sea" des Waterboys, bref une "prod") pour plaire à la masse et vendre 100.000 disques (en 1 an).
Vu la masse de promos et les thunes parties en "prod", on comprend que Cali tourne encore sans relâche! Il aurait tort de pas profiter des investissements d'EMI! Car il n'a pas dû lui rester grand-chose sur ses ventes de disques, à ce "ringard pendant dix ans", ce "pauvre ex-clochard", pardon cet "artiste", comme le décrit monsieur Boury... Apparemment il a compris d'ailleurs que c'était EMI qui se faisait des thunes sur son dos car il disait hier encore sur Canal+ dans l'émission de Denisot qu'il était pour le partage de ses oeuvres: "si ça peut faire découvrir la musique et donner envie d'acheter le disque". Et oui, Cali n'est pas devenu célèbre par un coup de baguette magique d'EMI, il est devenu célèbre surtout pour son talent, qu'il a forgé pendant 10 années de tournées et de concerts, si modestes furent-ils. Bref tout le boulot qui a fait de lui un artiste c'est le sien et pas celui d'EMI. EMI a mis de la thune après ces dix années. Qu'on ne vienne pas essayer de me faire croire une seule seconde EMI s'est intéressé à son art. EMI s'intéresse juste à la rentabilité de son art, à la rentabilité de la fixation sur support et de la diffusion de cet artiste. Qui n'a rien à voir du tout avec son statut d'artiste. Ce qu'il est quand il se lève le matin, quand il se couche le soir, et aussi entre le matin et le soir.

Morvan Boury, ex-directeur de la stratégie numérique, a été nommé Directeur Général Adjoint Stratégie & Développement. il sera chargé d'accentuer la stratégie numérique du groupe, "l'objectif étant de développer des artistes et des projets et de les connecter a leurs consommateurs à travers des techniques de communication innovantes".
"Je suis persuadé que l'expérience frontline de Morvan chez Labels, où il a su travailler avec succès avec des artistes aussi variés que Cali, Daft Punk, Interpol, Moby, Miss Kittin, J-L Murat ou Depeche Mode lui permettra d'assumer pleinement sa nouvelle fonction transversale sur l'ensemble des artistes EMI Music France", écrit son boss.

Je vous laisse le soin de traduire "fonction transversale sur l'ensemble des artistes".