
Il y a des jours comme ça je vous jure où on ferait mieux de mater une bonne "Famille en or" plutôt que de se lancer dans la discographie d'un des plus grands génies musicaux de ce siècle (encore que cette appellation me semble bien réductrice). Non content d'avoir déversé sur un monde incrédule plus de cinquante albums (pour la plupart des double CD) tous aussi indispensables et novateurs, notre homme se payait aussi le luxe d'être d'une finesse d'esprit, d'une intelligence, d'un humour et d'une intégrité rare (il détestait aussi les caniches ce qui le canonise sur place). Refusant les étiquettes (il aimait a rappeler qu'il était un COMPOSITEUR),
Zappa aura pendant une trentaine d'années exploré tout les styles, toutes les époques, du baroque au punk, de la polka au dodécaphonisme, du jazz au reggae, du classique à Pascal Obispo (désolé...). Indécrottable fouteur de merde dans une Amérique puritaine et engluée volontairement dans son mode de vie obsolète, il se battra contre le Parents Music Resource Center, faction réactionnaire composée de pétasses pour la plupart femmes de sénateurs (dont
Tipper Gore, femme d'un proche collaborateur de
Bill 'your wife sucked me'
Clinton) uvrant pour réglementer voire carrément interdire la vente de ces diaboliques albums de rock qui, comme chacun le sait, sont la cause de la déliquescence des valeurs de la doulce Amérique. En 1992, l'envie lui viendra même de se présenter aux présidentielles mais un cancer de la prostate commencera à le titiller là ou ça fait mal et
Frank passera le reste de ses jours chez lui, enfermé dans son home-studio à compiler, remasteriser les bandes entreposées dans ce qu'il appelait 'The Vault' (
Zappa a enregistré tout ce qu'il a jamais pu dire ou jouer). Monstre de travail, carburant à la cigarette et au café, la seule chose qui le fera jamais plier sera ce putain de crabe qui lui fera du gringue le 4 décembre 1993.
Zappa avait 53 ans.
Les chroniques qui vont suivre seront relativement succintes. Le but ici n'est pas d'analyser la musique de Zappa (il faudrait y consacrer une encyclopédie et en plus je m'en sens bien incapable) mais de vous aiguiller, vous qui rêvez d'acheter un de ses albums et qui restez prostré devant le bac en vous demandant lequel choisir. Amusez vous bien et souvenez vous : 'Today's composers refuse to die'.
Pascal 'The Incredible Melting Man' Goubereau